Sociétés & Représentations n° 3, résumés/abstracts

QU’EST-CE-QUE FAIRE PARLER UN AUTEUR ?, PIERRE BOURDIEU

Les usages d’un auteur sont multiples. Pierre Bourdieu énonce les conditions mininales d’une lecture active, pratique. Il importe d’entretenir un rapport défétichisé aux œuvres, ce qui suppose un effort de pensée. Il convient d’aller au-delà de la simple lecture, ce qui implique de ressituer l’auteur dans son champ de production. Enfin, il faut se garder des définitions sociales de l’auteur par la rumeur intellectuelle, le système scolaire et ses interprètes patentés, autant de filtres ou d’écrans qui s’interposent entre émetteur et destinataire. 

What is to make an author meaningful?, Pierre Bourdieu

The uses one can make of an author are numerous. Pierre Bourdieu lists the conditions minimum to an active, practical reading. It is important to have a defetished relationship with the writings, and this supposes an effort of thinking. One must go beyond mere reading, which implies resetting the author in his own production field. Ultimately, one must keep distances with intellectual rumours about the author’s social definitions, with the scholar system and its official interpreters, which stand in the way as so many filters and screens between transmitters and receivers.


FAIRE LIRE SURVEILLER ET PUNIR ?, MICHEL FADAT

Comment, vingt ans après, les éducateurs stagiaires de la Protection Judiciaire de la Jeunesse lisent-ils Surveiller et punir au cours de leur formation ? Faut-il leur fournir une version ad usum delphini ? Un texte suffisamment expurgé pour pouvoir arriver à bout sans encombres ? La question de l’accessibilité au texte de Foucault, aujourd’hui, ne se pose peut-être pas qu’aux éducateurs - fussent-ils en formation. Nous y sommes confrontés chacun à des titres divers. 

Reading Discipline and Punish nowadays, Michel Fadat

Twenty years after, how do, trainee educators of the Youth Judiciary Protection read Discipline and Punish? Should they be given an ad usum delphini version? A text simplified enough to allow them to get to the last page without too much difficulty? The question of the accessibility of Foucault’s text, today, may not be relevant to educators only - even to educators in training. We are all concerned with it for different reasons.


DU BON USAGE DES “GRANDS HOMMES”, ENTRETIEN AVEC ROBERT CASTEL

Robert Castel rapporte les conditions dans lesquelles s’est déroulé le séminaire dont les travaux ont abouti à la publication de Moi, Pierre Rivière... Michel Foucault, loin d’être l’animateur d’un groupe de recherches structuré et institutionnalisé, est toujours resté, même lors d’entreprises intellectuelles collectives, un professeur et un écrivain pour lequel la réflexion était essentiellement un exercice solitaire. Ce qu’il a transmis est plus un mode de pensée qu’une pratique professionnalisée.  

Of the right use of “great men”, an interview with Robert Castel

Robert Castel gives an account of the conditions in which the seminar that led to the publishing of I, Pierre Rivière... took place. Michel Foucault, far from being the animator of a group of research duly structured and institutionalised, always stayed, even during collective intellectual enterprises, a teacher and a writer for whom reflection was an essentially solitary exercise. What he transmitted is more a mode of thinking rather than a professionalised practice.


L’ÉCONOMIE ET SES REPRÉSENTATIONS,  BERNARD GAZIER

Cet article articule un témoignage personnel et une tentative de réévaluation du rapport complexe que Foucault a entretenu, son œuvre durant, avec l’économie. Il donne à voir une démarche de critique, d’intégration et de débordement, dont le diagnostic central se révèle aujourd’hui d’une actualité renouvelée. Les rapports de Foucault à Marx, Habermas et à la dialectique sont interrogés brièvement dans ce cadre.

Economy and its representations, Bernard Gazier

This article articulates a personnal testimony and an attempt at reevaluating the complex relationship Michel Foucault had with economy throughout his working life. An effort at criticism, integration and overflowing is obvious and its central diagnosis appears to be, nowadays, of a constantly updated relevance. The relationship between Foucault and Marx, Habermas and dialectics are briefly treated here.


UN NOUVEAU MILITANTISME, GÉRARD MAUGER

Michel Foucault a-t-il transformé la politique de l’après-Mai 68 ou bien est-ce la politique qui l’a transformé ? Ces deux points de vue opposés et complémentaires ont en commun l’oubli du travail politique que Michel Foucault a dû faire pour avoir droit de cité sur “le marché de l’engagement”, puis pour s’y imposer comme le “philosophe engagé” de l’après-Mai 68.
“Entré en politique” avec la création du Groupe d’Information sur les Prisons (G.I.P.), Michel Foucault a d’abord adopté les “mots de la tribu”, reprenant à son compte la doxa gauchiste sous sa forme la plus radicale et - il faut bien le dire - la plus rudimentaire. Cette expérience du G.I.P. est intéressante à double titre : une nouvelle forme d’engagement politique s’y expérimente, une première brèche est ouverte dans la doxa gauchiste. Un compromis symbolique (et politique) entre la vision “gauchiste” et la “vision contre-culturelle” du monde s’élabore peu à peu, où la seconde reste subordonnée à la première. Une nouvelle brèche apparaît dans ce compromis avec la publication de Surveiller et punir. Michel Foucault rectifie à la fois sa représentation de la “plèbe non prolétarisée” et du prolétariat, l’un et l’autre disqualifiés dans “la lutte contre le pouvoir”. Par ailleurs il met en cause la subordination des “luttes sectorielles” contre l’oppression à “la lutte centrale” du prolétariat contre l’exploitation, faisant ainsi sauter le dernier verrou qui tenait enfermée la nouvelle vision “contre-culturelle” du monde dans la vision “gauchiste”.
De la création du G.I.P. à Surveiller et punir, la conception du rôle de l’intellectuel, selon Michel Foucault, a, elle aussi, évolué. Elle conserve certaines caractéristiques de “l’intellectuel au service du peuple” mais lui restitue des fonctions proprement intellectuelles : ainsi s’élabore la figure de “l’intellectuel spécifique”.

A new militantism, Gérard Mauger

Did Michel Foucault transform the post-may-68 politics or did politics transform him? These two conflicting and compementary points of view have in common that they both overlook the political work that Michel Foucault had to do in order to find a place on the “political involvement market”, then to impose himself as “ the involved philosopher ” of the post-may-68 period.
“Entering politics” with the creation of the Group of Information on Prisons (G.I.P.), Michel Foucault first adopted the "tribal words”, adopting the leftist doxa in its most radical and —one has to admit it— its most basic form. This G.I.P. experience is doubly interesting: a new form of political involvement is experimented, a first breech is open in the leftist doxa. A symbolical (and political) compromise between the “leftist” view and the “conter-cultural” view of the world is slowly being elaborated, where the second one is conditional to the first one. A new breech in this compromise appears with the publishing of Discipline and Punish. Michel Foucault corrects his representation of both the “non working-class pleb” and the proletariat, both disqualified in the “struggle against power”. Moreover he questions the subordination of “sectorial struggles” against oppression to the “central struggle” of the proletariat against exploitation, thus getting finally rid of the last lock that kept the new “conter-cultural” view subdued to the “leftist” view.
From the creation of the G.I.P. to Discipline and Punish, the concept of the role of intellectuals has, according to Michel Foucault, has also evolved. It still keeps some characteristics of “the intellectual for the people” but gives back its intellectual functions as such: thus elaborating the character of the “specific intellectual”.


LES ILLÉGALISMES, OUTILS D’ANALYSE, PIERRE LASCOUMES

Une grande partie du travail et des apports de Michel Foucault se situent dans la mise à plat des catégories d’évidence et des grilles de lecture pré-construites. Ses travaux nous invitent à penser autrement, à nous déprendre de problématiques aveuglantes. Ainsi, le recours au concept d’”illégalismes” - terme toujours employé au pluriel - permet-il à Foucault d’accomplir un double dépassement : celui des catégories juridiques pénales (d’infraction et de poursuite) et celui de la notion criminologique de délinquance. Par l’invention conceptuelle du terme, Foucault rompt avec deux préjugés : la fausse neutralité des catégories juridiques présentant l’”ordre” et le “désordre” comme des faits historiques stables et universaux ; la prétentue naturalité des catégories criminologiques qui attribuent à des déterminants individuels internes l’origine des actes de transgression sociale.
En outre, le concept d’”illégalismes” est, chez Michel Foucault, un concept sociologique qui renvoie simultanément à un certain mode de transgression et à un type de réaction sociale à celle-ci. En recourant à ce concept, il reappelle que chaque classe sociale connaît des formes de trangression qui lui sont spécifiques et qui se transforment selon les conjonctures sociohistoriques. Il montre aussi que le traitement social de ces transgressions est différentiel et ne se comprend que si on le met en relation avec les modes de domination. C’est le cas, notamment, des “illégalismes de droit” (les transgressions à caractère économique et financier) qui présentent une pertinence toute particulière pour analyser les modalités de transgression des règles par les membres des classes dirigeantes et les types de réaction sociale que ces passages à l’acte ont suscité et déclenchent aujourd’hui. 

Illegalisms, tools of analysis, Pierre Lascoumes

A great part of Michel Foucault’s work and contribution is the laying flat of categories of evidence and ready-to-fill reading grids. His work invites us to read differently, to get rid of blinding problematics. Thus, the use of the concept of “ illegalisms” —term always used in the plural form— allows Foucault to achieve a double surpassing: one of penal juridical categories (violation and prosecution) and one of the criminological notion of delinquency. Foucault breaks with two prejudices: the false neutrality of juridical categories presenting “order” and “disorder” as firm and universal facts; the so-called naturality of criminological categories which ascribe the origins of acts of social transgression to internal individual determining factors.
Moreover, the concept of “illegalisms” is, according to Michel Foucault, a sociological concept which is simultaneously relevant of a certain kind of transgression and of a type of social reaction to it. With this concept, he reminds us that each social class has its specific forms of transgression which change in accordance with socio-historical circumstances. He also shows that the social treatment of these transgression is differential and is only understandable when put in relation with the modes of domination. This is notably the case of “illegalisms of right” (transgressions presenting an economical and financial aspect) which are particularly relevant to analyse the modes of transgression of the rules by the ruling classes and the types of social reaction that these violations provoked and still provoke today.


LA LOI N’A PLUS TOUS LES DROITS, ENTRETIEN AVEC MIREILLE DELMAS-MARTY

Mireille Delmas-Marty dégage les conditions nécessaires pour que les Droits de l’Homme ne soient pas qu’utopie et bavardage. Elle explique que le “Droit commun” doit, d’une part être reconnu comme un vrai Droit, avec les contraintes institutionnelles que cela suppose, d’autre part devenir une pratique, non seulement des juristes mais de l’ensemble des justiciables : droit mobile, pluriel et dont la force tient à ce qu’il correspond aux principes de la vie commune.

The Law hasn’t got all the rights anymore, an interview with Mireille Delmas-Marty

Mireille Demas-Marty points out the necessary conditions which would make Human Rights more than utopia and small talk. She explains that the “common right” must be acknowledged as an actual right with its inherent institutional constraints on the one hand, and must, on the other hand, become a practice, not only of jurists, but also of all justice subjects: mobile and plural right, the force of which being that it is in line with the principles of life in common.


DE LA “FOLIE” À LA “PRISON”, JEAN-JACQUES YVOREL

Même si les thèmes de l’enfermement et du “correctionnaire” sont présents, voire centraux dans l’Histoire de la folie, l’intérêt de Michel Foucault pour la prison en tant que telle n’apparaît guère dans ses écrits avant 1971. Ce n’est pas sous la forme d’un article ou d’une communication scientifique que cette nouvelle préoccupation émerge, mais sous celle d’un manifeste co-signé par Jean-Marie Domenach et Pierre Vidal-Naquet : le manifeste du G.I.P. ou Groupe d’Information sur les Prisons. Nous suivons à travers les Dits et écrits de Michel Foucault la genèse de Surveiller et punir, et tout particulièrement l’interaction entre travail scientifique et engagement militant. 

From “Madness” to “Prison”, Jean-Jacques Yvorel 

Even if the themes of imprisonment and of “reformism” are present and even central in Histoire de la folie (The history of insanity in the age of reason, Michel Foucault’s concern for prison as such seldom appears in his writings prior to 1971. This new concern does not emerge under the form of an article or a scientific communication, but with a manifest co-signed by Jean-Marie Domenach and Pierre Vidal-Naquet: the manifest of the G.I.P. or Group of Information about Prisons. We follow through Michel Foucault’s Dits et écrits the genesis of Discipline and Punish, particularly the interaction between scientific work and militant involvment.


UN “GRAND LIVRE” PEINE ET STRUCTURE SOCIALERENÉ LÉVY ET HARTWIG ZANDER

Les travaux préparatoires à l’édition française de Punishment and social Structure ont révélé que cet ouvrage, paru en 1939 aux États-Unis, était destiné à deux types de publics : le public savant des États-Unis et les membres de l’École de Francfort en exil. L’auteur de Surveiller et punir, sans connaître les méandres de la confection de ce “grand livre”, selon son expression, retrouve la problématique des “mécanismes punitifs” et de “l’économie politique des corps”, telle que l’avait conçue Rusche en 1933 et qui avait été gommée par Kirchheimer.

A “great book”: Punishment and social Structure, René Lévy et Hartwig Zander

The preparatory works of the french publishing of Punishment and Social Structure have revealed that this book, published in 1939 in the United-States, was intended for two kinds of readers: the highly educated readers of the US and the exiled members of the Francfort School. The author of Discipline and Punish, without knowing the twists and turns of the making of that “great book” —to quote his words—, finds the same problematics of “mecanisms of punishment” and of “political economy of the bodies”, as conceived by Rusche in 1933 and erased by Kirchheimer.


MICHEL FOUCAULT ET LES MILIEUX JUDICIAIRES, REMI LENOIR

Cet article est l’introduction à une étude en cours sur les conditions dans lequelles l’œuvre de Michel Foucault, et plus particulièrement Surveiller et punir, a été reçue dans les milieux judiciaires français. Le rappel de l’état de relative anomie dans lequel se trouvait cet univers jusqu’alors très hiérarchisé et compartimenté permet d’établir que les conditions de réception de cet ouvrage tient moins au contenu de l’ouvrage ou au rayonnement de la personnalité de l’auteur qu’au fait d’avoir constitué l’emblème d’un mouvement très dispersé et très hétérogène de contestation de l’ordre judiciaire, dont on peut encore observer les effets aujourd’hui. 

Michel Foucault and the judiciary circles, Remi Lenoir

This article is the introduction to a study in progress about the conditions in which the writings of Michel Foucault —more particularly Discipline and Punish— were received in the French judiciary circles. The reminding of the state of relative anomie in which this —up to then— very hierarchical and compartmentalised environment was, allows us to establish that the reception of that book had less to do with its contents or with the influence of the author’s personality than with the fact that it became emblematic of a very disorganised and heterogeneous movement of protest against the judiciary order, the effects of which are still apparent today.


TÉMOIGNAGE, MICHEL CHAUVIÈRE

Au début des années Soixante-dix, Michel Foucault incarnait, pour un jeune sociologue, une posture à la fois intellectuelle et militante. Intellectuelle, en ce sens qu’il aidait à penser une généalogie des dispositifs de pouvoir : la prison était un paradigme utile pour étudier d’autres domaines de la vie sociale ; militante, dans la mesure où il encourageait, par son exemple et ses travaux, l’analyse des effets de dominations qu’exercent les institutions contre lesquelles certains chercheurs butaient alors. 

Testimony, Michel Chauvière

At the beginning of the 70’s, Michel Foucault personified, fot a young sociologist, a figure both intellectual and militant. Intellectual, in the sense that he was helping to trace a genealogy of the devices of power: prison was useful paradigm to study other fields of society; militant, in the way that he encouraged, through his own example and his works, the analysis of the effects of domination exerted by the institutions against which certain researchers were still coming up.


L’IMPOSSIBLE COMPRÉHENSION ?, ENTRETIEN AVEC MAURICE AGULHON

Maurice Agulhon rappelle les conditions dans lesquelles s’est déroulée la table ronde dont les échanges ont donné L’Impossible prison. Le rapport à l’œuvre de Michel Foucault est un bon indicateur des clivages qui divisent les historiens à la fin des années Soixante-dix. Maurice Agulhon est de ceux qui, tout en reconnaissant à l’auteur de Surveiller et punir une certaine justesse d’analyses, émet des réserves aux nombreuses généralisations qui font de la prison l’institution typique du questionnement de la société moderne.

The impossible comprehension?an interview with Maurice Agulhon

Maurice Agulhon reminds us of the conditions in which the round table that led to the publishing of the impossible prison took place. The relationship to Michel Foucault’s book is a good indicator of the cleavages which divided historians at the end of the 70’s. Maurice Agulhon belongs to the party of those who, while granting the author of Discipline and Punish a certain accuracy in his analysis, has reserves about the numerous generalisations which make prison the typical institution of modern society’s questioning.


MICHEL FOUCAULT : LE MAL ENTENDU, ENTRETIEN AVEC MICHELLE PERROT

Décrivant le contexte des relations qu’elle a entretenues avec Michel Foucault, Michelle Perrot livre quelques unes des clefs qui permettent de mieux comprendre les malentendus à la fois méthodologiques et politiques entre l’auteur de Surveiller et punir et la grande majorité des historiens de son temps. Michel Foucault, dans ses écrits mais aussi dans ses actes, posaient à ces derniers la question de leur identité et de leurs pratiques. Est-ce la raison pour laquelle il a été si mal entendu ? 

Michel Foucault: the mis-understanding,  an interview with Michelle Perrot

Within the context of the relationship she had with Michel Foucault, Michelle Perrot gives us a few keys to understand the misunderstandings, both methodological and political, between the author of Discipline and punish and the vast majority of the historians of his time. Michel Foucault, in his writings and in his acts, questioned them about their identity and their methods. Is this the reason why he has been so mis-heard?


LES HISTORIENS DE LA PRISON ET MICHEL FOUCAULT, JACQUES-GUY PETIT

Les études historiques sur la justice et la prison avaient commencé bien avant la publication de Surveiller et punir, notamment chez les spécialistes de l’époque moderne. Cependant, l’œuvre de Michel Foucault a indiscutablement provoqué le renouvellement des recherches historiques dans ce domaine.
Depuis la fin des années Soixante-dix (voir L’Impossible prison), le débat a été animé entre les historiens et le philosophe : rôle des sources archivistiques ; analyse du discours ; interprétation des processus disciplinaires des Lumières ; survalorisation des micro-pouvoirs d’une bourgeoisie considérée comme un bloc ; importance accordée au panoptique, etc.
Dialogues de sourds ? Malentendu ou débat fécond ? Vingt ans après Surveiller et punir, ce débat continue. 

The historians of prison and Michel Foucault, Jacques-Guy Petit

Historical studies on justice and imprisonment started well before the publishing of Discipline and punish, especially among specialists of modern times. However, Michel Foucault’s work was doubtlessly the trigger of a renewal of historical research in that field.
Since the end of the 70’s (see The impossible prison), the debate has been animated between historians and the philosopher: role of archives sources; analysis of the discourse; interpretation of the disciplinary processes in the 18th century; overrating of micro-powers of a bourgeois class seen as a whole entity; importance given to the panoptical view, etc.
Argument between deaf people? Misunderstanding or rich debate ? twenty years after Discipline and punish, the debate is still open.


NAISSANCE D’UN SAVOIR SPÉCIAL : LA CRIMINOLOGIE, PASQUALE PASQUINO

Cet article, qui reproduit le texte d’un exposé présenté en 1979 au séminaire de Michel Foucault au Collège de France, étudie les transformations de la pénalité en Europe à la fin du XIXe siècle. Il essaye en même temps de rendre compte de l’émergence du savoir criminologiste et d’approfondir les fondements anthropologiques de la pénalité classique de Beccaria, Feuerbach et Bentham. Écrit sous l’influence de Surveiller et punir, cet essai est un témoignage du travail qui s’est fait pendant les années Soixante-dix autour de Michel Foucault. 

Birth of a special knowledge: criminology, Pascale Pasquino

This article, which contains the text of a lecture presented in 1979 during Michel Foucault’s seminar at the Collège de France, studies the transformations in the penal field in Europe at the end of the 19th century. It tries to expose the merging criminologist knowledge and to fathom the anthropological basis of the classical penal system according to Beccaria, Feuerbach and Bentham. This essay, written under the influence of Discipline and Punish, stands as evidence of the work done around Michel Foucault during the 70’s.


L’INCONTOURNABLE ALLIANCE, MARTINE KALUSZYNSKI

L’instrumentalisation politique des savoirs et des techniques dans le domaine pénal ou criminel n’est pas une invention républicaine, loin de là. Elle a été le fait d’autres pouvoirs, à d’autres périodes, en d’autres lieux mais elle reste particulièrement intéressante à étudier, à comprendre, à décrypter pour cette période de la Troisième République (1870-1914), dont l’une des spécificités est liée à l’émergence d’un pouvoir et d’un régime politique aux caractères, à l’idéologie, à la tradition bien précis.
L’analyse porte sur deux terrains qui paraissent similaires dans leurs préoccupations (les phénomènes criminels) mais où le mode d’appréhension, les méthodes, les objectifs et les acteurs sont distincts : l’École lyonnaise de criminologie et la Société générale des prisons.
Savoir et pouvoir ne constituent pas deux domaines distincts interagissant occasionnellement l’un sur l’autre : il existe entre eux un lien organique qui ressemble à une relation de symbiose. Se révèle ici, de façon exemplaire, la connivence singulière entre l’exercice du pouvoir et celle du savoir. Ce dernier participe de manière privilégiée au renouvellement des règles et des normes. 

The unavoidable alliance, Martine Kaluszynski

The political instrumentalisation of knowledge and techniques in the penal or criminal field is not a republican invention, far from it. It has been the object of other powers, at other eras, in other places but it remains particularly interesting to study, to understand, to decypher for this era of the Third Republic (1870-1914), as one of its particularities is linked to the emergence of a power and of a political regime whose characteristics, ideology and tradition are very precise.
The analysis covers two fields which seem similar in their concerns (criminal phenomenons) but where the way of understanding methods, objectives and participants are distinct: School of Criminology in Lyon and the general Society of prisons.
The knowledge and the power do not constitute two distinct fields occasionaly interacting with one another : there is an organic link between them which looks like a symbiotic relationship. We have here a process showing the unusual connivance between the exercise of power and the exercise of knowledge and where the latter participates in a priviledged manner to the renewal of rules and norms.


L’INCARCÉRATION DES FEMMES, BÉATRICE KOEPPEL

Comment venir en aide aux jeunes filles et empêcher leur transformation en prostituées et en voleuses ? Entre 1870 et 1917, de nombreux courants de pensée à visée prophylactique ont envahi la criminologie, prennant les femmes pour objet d’étude exclusif. Leur influence fut décisive dans le secteur pénitentiaire : Saint-Lazare est l’exemple de la prison-laboratoire où l’on expérimente de nouvelles méthodes de pénalisation. Juristes, médecins et criminologues ont développé quantité de théories qui n’ont pas été sans effet sur les conditions d’incarcération des femmes. Entre 1914 et 1939, si les prisons pour femmes se modernisent en se diversifiant, les discours généreux des criminologues se sont détachés des femmes pour envahir le secteur des mineurs. 

Women’s imprisonment, Béatrice Koeppel

What can be done to help young women and avoid their turning into prostitutes or thieves? Between 1870 and 1917, a number of trends of ideas inspired by prophylactic views, invaded criminology, taking women as sole object of studies.
Their influence was decisive in the penal field: Saint-Lazare is the example of the prison-laboratory, where new methods of punishment were experimented. Jurists, doctors and criminologists developed numerous theories which had some effects on women’s conditions of imprisonment. Between 1914 and 1939, prisons for women became more modern and diversified, but the generous concern of criminologists turned away from women to focus on minors.


LA COLONIE PÉNITENTIAIRE DE METTRAY, JACQUES BOURQUIN, ERIC PIERRE

Michel Foucault consacre plusieurs pages de Surveiller et punir à la colonie agricole de Mettray. Il écrit que son ouverture, en 1840, “achève la formation du système carcéral”. C’est à partir du règlement de 1839 et du Livre d’Ordre de la colonie analysé pour la période 1844-1872, que le texte s’efforce, à la suite des pistes ouvertes par Michel Foucault, de voir dans quelle mesure Mettray amène à une généralisation de la répression à partir d’un ordre moral et disciplinaire sans faille qui touche aussi bien le personnel que les jeunes détenus. Dans l’ambivalence de son projet, Mettray offre ainsi plusieurs aspects, dont on peut considérer qu’ils représentent des évolutions importantes dans l’histoire de l’éducation correctionnelle des mineurs.

The penal colony of Mettray, Jaques Bourquin, Éric Pierre

In Discipline and Punish, Michel Foucault has written several pages about the agricultural colony in Mettray. He says that its opening in 1840 “puts an end to the formation of the penal system”. With the regulation book in 1839 and the Book of Order of the colony as sources, analysed over the 1844-1872 period, we’ll endeavour, thanks to M. Foucault’s leads, to see to what extend Mettray brings a generalisation of repression taking its roots in a flawless moral and disciplinary order, that concerns the staff as well as the young prisoners. In the ambivalence of its project, Mettray offers several aspects, which can be considered as representative of the major changes in the history of the youth penal education system.


BELLE-ILE : L’ENFANCE PUNIE, THIERRY FILLAUT

De Belle-Ile-en-Mer, colonie pénitentiaire publique dont la situation géographique renforce l’impression d’isolat, deux visions coexistent sous la Troisième République : la première, qui prend parfois l’aspect d’une mise en scène destinée au grand public, la montre sous un angle favorable ; la seconde, véhiculée par la presse, en brosse en revanche un tableau particulièrement négatif. D’où l’intérêt de confronter des sources internes (notamment administratives) et externes (presse, cartes postales...) pour mettre en relief l’écart pouvant exister entre la réalité de la colonie et l’image qu’en donnent les médiateurs sociaux, et de cerner les interactions entre ces deux séries de faits. 

Belle-Ile: the punished childhood, Thierry Fillaut

Of Belle-Ile-en-Mer, a penal colony island whose geographical situation reenforces the impression of isolation, two visions cooexist under the Third Republic: the first one, which sometimes seems to be staged by the authorities for the sake of public opinion, shows it under a positive light; the second one, as shown by the press, paints, on the contrary, a particularly negative portrait. There lies the interest of comparing internal sources (mostly administrative) with external ones (press, postcards...), in order to make out the possible differences between the reality of the colony and the image carried out by social mediators, and to spot the possible interactions between the two series of facts.


LES PRISONS D’ENFANTS, MARIE-SYLVIE DUPONT 

Créés par Ducpétiaux en 1840, les pénitenciers pour jeunes délinquants se proposent de punir des enfants coupables et de les redresser. Les écoles de réforme pour enfants vagabonds et mendiants, ouvertes en 1848, mettent davantage l’accent sur la moralisation. Cinquante ans plus tard, le constat d’échec des méthodes mises en œuvre par ces institutions, basé sur les statistiques de récidive, produisent une nouvelle catégorie d’enfants : les incorrigibles - ou incorrigés. En même temps, les critères du Code pénal, fondés sur la notion de discernement et de responsabilité, sont mise en cause. Un nouveau regard est porté sur l’enfance malheureuse ; un nouveau concept apparaît, celui d’”enfants moralement abandonnés”, et dont le seul tort est d’être nés dans un milieu défavorisé. Les critères sociaux prennent le pas sur les catégories pénales et engendrent un nouveau type d’institution : les écoles de bienfaisance (1890).
Sur le plan des principes, on assiste à une révision profonde des théories et des méthodes éducatives : on passe de la punition à la protection et à l’éducation proprement dite. Mais sur le plan des pratiques les institutions carcérales ne se transforment guère. Il faut attendre la loi de 1912 sur la protection de l’enfance, la déchéance de la puissance paternelle, la création des tribunaux pour enfants et la mise en liberté surveillées pour voir se dessiner une nouvelle politique. 

Children prisons, Marie-Sylvie Dupont

Penitentiaries for juvenile delinquents, created by Ducpétiaux in 1840, intended to punish guilty children and to correct them. reform schools for vagrant and beggar children, opened in 1848, emphasise the moral aspect. Fifty years after, the acknowledgement of failure of the methods experimented by these institutions, based on statistics of recidivism, produce a new category of children: the incorrigible-or uncorrected. At the same time, the penal Code criteria, based on the notion of discernment and responsibility, are questioned. A new viewpoint is adopted concerning unhappy children: a new concept of “morally abandoned children” appears, children whose only wrong was to have been born in an underprivileged milieu. social criteria take over penal categories and generated a new type of institution: charity schools (1890)
As for principles, a profound reappraisal of theories and educational methods can be noted: we jump from punishment to the notion of protection and education. But as for practices, prison institutions don’t change much. It is not before the 1912 law on child protection, loss of paternal rights, creation of courts of justice for children, and probation that a new policy becomes consistent.


FIGURER L’ENFERMEMENT, FRÉDÉRIC CHAUVAUD

À la Belle Époque, les figurations de l’enfermement connaissent un essor important, dû à l’image satirique. L’Assiette au Beurre, tribune et atelier, joue un rôle essentiel dans la mutation des images carcérales. Le pinceau et le crayon dénoncent toutes les formes d’internement, abordant aussi bien les conditions de vie des aliénés que l’enfance délinquante et emprisonnée. La variété des thèmes traités par les vignettes nécessitent un recensement puis une analyse. Toutefois, il faut également s’interroger sur les logiques et les enjeux des représentations iconographiques. 

Illustrating imprisonment, Frédéric Chauvaud

The turn of the century saw a growing interest for illustrations of imprisonment, due to satirical cartoons. L’Assiette au beurre, tribune and workshop, plays an essential role in the changing of the image of prison. Brush and pen denounce all forms of imprisonment, covering the living conditions of the mentally insane as well as the imprisonment of criminal children. The number of themes illustrated in cartoons require a counting followed by an analysis. However, we also need to wonder about the logics and the stakes of these illustrations.


ÉDUQUER ET PUNIR, JEROEN DEKKER

Des archives de la colonie agricole “Nederlandsch Mettray”, le Mettray néerlandais, il ressort que la rationalité pénale que Michel Foucault caractérise par la locution “surveiller” et “punir” est très complexe. En effet, les pratiques éducatives, qui relèvent bien sûr d’intentions disciplinaires, participent d’une logique purement pédagogique. 

Educate and punish, Jeroen Dekker

What emerges from the study of the archives of the agricultural penal colony “Nederlandsch Mettray” —the dutch Mettray— is that the penal rationality as characterised by Michel Foucault under the words “discipline” and “punish”, is quite complex. Indeed, the educational practices, which are, of course, the product of disciplinary intentions, also prove to be part of a purely pedagogical logic.


PÉDAGOGIE DE LA CONSCIENCE,  MARTINE RUCHAT

Reprenant un certain nombre de concepts introduits par Michel Foucault dans Surveiller et punir (problématisation, illégalismes, micro-physique du pouvoir...), l’auteur cherche dans l’histoire des maisons de correction des filiations à la fois institutionnelles et pédagogiques. Après avoir montré le rôle modèle qu’à joué en Europe l’Institut de Hofwyl, en Suisse allemande, et avoir donné quelques éléments biographiques sur son fondateur, Philippe Emmanuel de Fellenberg, Martine Ruchat s’attache à établir des liens entre le mouvement piétiste et les maisons de correction, telle celle de Serix-sur-Oron, en Suisse romande.  
Le disciplinaire est un appareil, non seulement à gérer les illégalismes mais aussi à modifier les comportements. L’éducation correctionnelle s’enracine dans une culture protestante qui privilégie à la fois l’utilité sociale et l’individu comme conscience soumise à Dieu et qui s’impose volontairement une discipline. C’est à une “anatomie du détail” correctionnel de l’enfant qu’est consacré ce texte. 

The pedagogy of consciousness, Martine Ruchat

Reviewing a number of concepts presented by Michel Foucault in Discipline and Punish (problematisation, illegalism, micro-physics of power...), the author looks into the history of reform houses for both institutional and pedagogical filiations. After explaining the role model played in Europe by the Hofwyl Institute, in German Swizterland, and giving a few biographical elements about its founder, Philippe Emmanuel de Fellenberg, Martine Ruchat shows the links between the pietist movement and reform houses, such as the one in Serix-sur-Oron, in Romand Swizterland.
The disciplinary is an apparatus not only meant to manage illegalisms but also to modify behaviours. Reformist education takes its roots in a protestant culture which favors at the same time the social usefullness and the individual as a consciousness submitted to God that voluntarily imposes disciplin upon itself. This text developps an “anatomy of the reforming detail” of the child.


LE SILENCE DES PEINES. JOAO FATELA

Ce texte est consacré à la mise en place du système pénitentiaire au Portugal. Ce système, créé par la loi du 1er juillet 1867, abolit également la peine de mort pour les crimes de Droit commun. S’il a consolidé le rôle de la prison, il a également renforcé celui de la relégation. 

The silence of penalties, Joao Fatela

This text is about the organisation of the penitenciary system in Portugal. This system, created by a law passed on uly 1st, 1867, also abolishes the death penalty for common law crimes. If it strengthens the role of prison, it also reinforced relegation.


MICHEL FOUCAULT ET LE CHAMP CARCÉRAL, GUY CASADAMONT

On sait l’onde de choc produite par la publication, en 1975, de Surveiller et punir, de Michel Foucault, au point d’ouvrir la recherche historienne pour les années Quatre-vingt. On sait aussi le “jeu” de Michel Foucault autour des prisons et ses prises de position, les unes connues, les autres moins. “Jeu” susceptible de retournements, voire d’inversions. Mais toujours stimulant. Faire déchoir la prison de son statut d’évidence en est peut-être la pointe. 

Michel Foucault and the prison field of study, Guy Casadamont

It is known that the shock wave provoked by Discipline and Punish, written and published by Michel Foucault in 1975, was important enough to open a field of research in History throughout the 80’s. Michel Foucault’s “game” around prisons and his positions are —some well known, some not so well— known. “Game” subject to reversal, even to inversion. But always stimulating. To question the notion of prison may just be the top of the iceberg.


REPENSER LA PRISON APRÈS SURVEILLER ET PUNIR, DENIS SALAS

Aujourd’hui, la prison paraît étrangement absente du débat d’idées. À l’opposé des années 1970, le militantisme semble disparu. Aucun débat de société, aucune pensée ne paraît vouloir prolonger la réflexion magistralement amorcée par Michel Foucault dans Surveiller et punir. Tout au plus si de temps en temps, à l’occasion de révoltes spectaculaires, les media relaient l’image d’une prison perpétuellement en crise, en marge de la cité. Le débat, quand il émerge, se limite à de sèches questions d’effectifs, de sécurité ou de gestion des peines. Nous ne comprenons pas pourquoi la prison est devenue, depuis l’abolition de la peine de mort, la réponse dominante de nos démocraties aux transgressions. Or, loin d’être seulement une œuvre d’assujetissement disciplinaire des corps, l’”archipel carcéral” est aussi un lieu traversé par un sujet - la peine - qui a une histoire, une identité, un devenir. Il importe aujourd’hui de tourner notre regard vers ce sujet et vers les responsabilités que nous impose sa tutélarisation.

Rethinking prison after "Discipline and Punish", Denis Salas

Prison seems to be strangely absent from today’s philosophical debate. As opposed to the 70’s, militancy has apparently disappeared. No sociological debate, no trend of thoughts seem to be willing to continue the reflection brilliantly started by Michel Foucault in Discipline and Punish. Only occasionally, when spectacular riots occur, do media relay the image of a prison constantly in crisis, on the fringe of society. The debate, when it comes up, is limited to dry questions of number, security or management of penalties. We don’t understand why, since the abolition of the death sentence, prison has become the prominent response of our democracies to transgression. Whereas, far from being only a work of disciplinary constraint of bodies, the “penal archipelago” is also a place crossed by a subject —the sentence— which has got a story, an identity, a future. It is important that we, today, should turn our attention towards this subject and towards the responsibilities entrusted to us.


QUAND LA PRISON DEVIENT REFUGE, ANTOINE LAZARUS

Antoine Lazarus a rencontré Michel Foucault dés le début des années Soixante-dix, notamment sur la question des prisons. Son intervention évoque différents point, à la lumière de l’évolution des prisons en France depuis vingt-cinq ans. Surtout après les “mutineries” de 1974, des modifications importantes ont lieu. Elles peuvent sembler seulement matérielles, mais certaines sont essentielles et ont considérablement modifié le statut et l’image du détenu. La lutte contre les “tabassages” à l’intérieur de la prison est particulièrement symbolique des rapports de classe qui se jouent dans toute réforme. L’engagement des militants tourne autour de la question centrale qui est celle du risque de la pérennisation d’un système que l’on dénonce dés lors que pour des raisons, même humanitaires, on cherche à l’améliorer.
La prison, indicateur des inégalités sociales, est toujours inscrite dès la naissance. Convient-il de continuer à punir ou proposer d’autres pratiques sociales alternatives ? La prison, parce qu’elle stigmatise le mal, et donc le bien, a une fonction positive. Le problème est qu’elle détruit ceux qui y séjournent. La “suppression de la prison “serait d’en supprimer l’usage tout en renforçant la résence des ses murs au milieu de la ville. 

When prison becomes a refuge, Antoine Lazarus

Antoine Lazarus met Michel Foucault at the beginning of the 70’s, noticeably on the question of prisons. His intervention exposes different points in the light of the evolution of the situation of prisons in France in the last 25 years. Especially after the “mutinies” in 1974, when significant modifications occurred. They may seem only material, but some of them were essential and have considerably changed the prisoner’s status and image.
The struggle against beating-ups inside prisons is particularly symbolic of the relations between social classes which are inherent to any reform. Militants’ involvement turns around the central question which is the risk of perpetuation of a system denounced as soon as, for some reasons —even humanitarian— an attempt at improving it is made. Prison, evidence of social inequality, is inscribed since birth. Must we then go on punishing or must we propose other social alternatives? Prison, because it stigmatises evil, therefore good, has a positive function. The problem is that it destroys those who live there. The “suppressing of prison” would mean to suppress the use of it while reinforcing the presence of its walls in the heart of the city.


UN MYTHE JUDICIAIRE : L’INFLATION CARCÉRALE, PIERRE TOURNIER

Toujours plus de détenus dans les prisons françaises ? Plutôt que de se lancer dans la description de scénarios apocalyptiques ou d’un optimisme hors de saison, l’article tente de cerner les grandes évolutions que la population des prisons françaises a connues depuis vingt ans : évolution du nombre de détenus et de leurs caractéristiques démographiques et pénales, mais aussi variations des flux d’incarcération et des durées de détention. La mise en perspective de ces trois types de données, encore trop peu utilisée, est nécessaire si l’on veut s’y retrouver un peu dans les effets - souhaités ou non, prévus ou non - des décisions prises en matière pénale depuis près de quinze ans. “Exception française” au sein de l’Europe ? Autre question à laquelle l’article essaie d’apporter des éléments de réponse. 

A judiciary myth: the inflation of imprisonment, Pierre Tournier

Always more inmates in french prisons? Rather than trying to describe apocalyptic or overoptimistic scenarios, the article is an attempt at pointing the main evolutions experienced by the population of french prisons in the last twenty years: evolution of the number of inmates and of their demographical and penal characteristics, but also variations in the turnover of imprisonment and time of detention. The putting in perspective of these three types of data, a method too rarely used as yet, is necessary if we want to understand the effects —welcomed or not, anticipated or not— of the decisions taken in the penal field in the last fifteen years. “french exception” in Europe? this is another question this article tries to answer.


LE TRAVAIL D’INTÉRÊT GÉNÉRAL DANS LE NOUVEAU CODE PÉNAL, CHRISTINE LAZERGES

Peine de substitution à l’emprisonnement, telle était la fonction du travail d’intérêt général lorsqu’il fut introduit dans le concert des peines avec la loi du 8 juin 1983. Cette nouvelle peine fit l’objet au Parlement d’un consensus exceptionnel. La mission d’explication qui incombe aux circulaires fut remplie. La teneur de ces explications aurait dû favoriser le prononcé et la mise en œuvre de la nouvelle peine. Or, les statistiques nationales sont globalement décevantes. D’une politique criminelle législative audacieuse est née une politique criminelle judiciaire timorée.
Et pourtant le nouveau Code pénal tente de conforter la place du travail d’intérêt général. Sa nature ou sa qualité n’est plus celle d’une peine de substitution mais d’une peine correctionnelle à part entière venant immédiatement après l’emprisonnement et/ ou l’amende. La place du Travail d’intérêt général demeure donc ambiguë : peine correctionnelle à part entière mais aussi alternative qui perd la qualité de peine de substitution sans acquérir celle de peine principale. 
La véritable réforme aurait consisté à introduire dans la présentation de la définition de nombreuses infractions et des peines qui assortissent ces définitions, le Travail d’intérêt général au même titre que la peine d’emprisonnement ou d’amende. Elle aurait alors fait des collectivités territoriales, des établissements publics, des associations et même des services de l’État, des partenaires incontournables de la justice pénale s’obligeant par convention à favoriser la prise en charge de condamnés au Travail d’intérêt général. 

Going out of prison. Work of general interest in the new penal code, Christine Lazerges 

Substitute penalty for imprisonment, this was the definition of the work of general interest, as introduced in the concert of penalties with the law of June, 8th, 1983. This new penalty met in parliament with an exceptional consensus. The mission of explaining was dully fulfilled by administrative circular letters. These explanations should have made the application of the new penalty easy. But national statistics are on the whole disappointing. All that came out from an audacious legislative policy, was a timorous criminal judiciary policy.
Yet, the new penal Code tries to reinforce the place of work of general interest. Its nature or quality is not to be a substitute penalty anylonger but to be a criminal penalty in itself taking effect immediately after imprisonment / fine. The place of the work of general interest penalty is therefore ambiguous: criminal penalty in itself, but also alternative that loses its quality of substitute penalty without getting the one of principal penalty.
The real reform would have been to institute in the presentation of the definition of many violations and of the penalties that go with these definitions, the work of general interest in the same way as imprisonment or fine penalties. This would have made local authorities, government-owned corporations, associations, and even administrations, unavoidable partners in penal justice, agreeing by convention to favour the taking in charge of people sentenced to work of general interest penalty.


PEINES ALTERNATIVES À LA PRISON, JACQUES FAGET

Le signal d’alarme lancé par Michel Foucault sur la nature insidieuse des mesures alternatives à l’emprisonnement doit être interrogé. Cependant, les changements de contexte socio-économique et les exigences de la paix civile posent d’une autre façon la question des alternatives. Aujourd’hui, celles-ci ne prennent pas seulement sens par rapport à la prison mais de plus en plus par rapport aux besoins sociaux des populations qui en font l’objet et à l’ensemble des logiques du système de justice.  

Alternatives to imprisonment, Jacques Faget

The alarm raised by Michel Foucault about the insidious nature of alternative measures to imprisonment must be questioned. However, the changes in the socio-economical context and the demands of civil peace, raise in a different manner the question of alternatives. The latter, today, make sense not only as far as prison is concerned, but are more and more linked to the social needs of the concerned population and to the overall logic of the system of justice.


NOUS, PIERRE RIVIÈRE..., ENTRETIEN AVEC JEAN-PIERRE PETER

Moi, Pierre Rivière... réunit les caractères scientifiques d’un cas d’école approprié aux questions théoriques de chaque membre du groupe réuni par Michel Foucault. Chacun l’a traité librement, à sa manière et de son point de vue. Le cas présentait un être faible qui s’est trouvé pris dans un engrenage. Pierre Rivière fait partie des quatre figures exemplaires qui posent la question du partage entre l’humain et l’inhumain. René Allio était sensible aux douleurs et aux révoltes propres à l’univers des simples. Son scénario rend compte, mot à mot, du dossier. Et grâce à des procédés filmiques, il a réussi à construire une dramaturgie très savante, dimension de l’affaire à laquelle Michel Foucault était très sensible. 

We, Pierre Rivière..., entretien avec Jean-Pierre Peter

"I, Pierre Rivière..." gathers the scientific characteristics of a exemplary case in line with the theorical questions of each member of the group formed by Michel Foucault. Everyone treated it freely, in their own way and from their own point of view. The case presented a weak character who got caught in a spiral of violence. Pierre Rivière belongs to the four exemplary characters who raise the question of the sharing between the human and the inhuman. René Allio was concerned about the pains and the revolts specific to  the lot of the simple-minded. His scenario is a word account the file. And thanks to cinema techniques, he succeeded in building a very rich and sophisticated drama, a dimension of the case to which Michel Foucault was sensitive.


FILMER LE PASSÉ, MYRIAM TSIKOUNAS

Le “dossier Pierre Rivière”, publié exhaustivement en 1973 par Michel Foucault et par les membres du séminaire qu’il animait alors au Collège de France, a été porté à l’écran, trois ans plus tard, par le cinéaste René Allio. Cet article tente de comprendre comment le réalisateur et son équipe réussissent, par des moyens essentiellement filmiques allant du montage au jeu des acteurs via la scénographie, à nous transporter dans un passé crédible et à faire du parricide Pierre Rivière, non pas un monstre ou un fou mais un héros tragique qui “subjugue” le spectateur. 

Filming the past, Myriam Tsikounas

The “Pierre Rivière file”, exhaustively published in 1973 by Michel Foucault and by the members of the seminar he was animating then at the Collège de France,was transferred to the screen, three years later, by film maker René Allio. This article tries to understand how the director and his crew succeed, thanks to essentially cinema techniques —from editing to acting via framing— in transporting us back to a credible past, and in representing the parricide Pierre Rivière not as a monster or a lunatic, but as a tragic hero who “captivates” the spectator.


Y-A-T-IL UN CINÉMA NATIONAL ?, PIERRE SORLIN

L’article tente de rendre compte d’un paradoxe : le cinéma est devenu une industrie internationale pilotée par Hollywood ; de 60 à 80 % des films projetés dans le monde sont américains et pourtant de nombreux pays continuent à financer une abondante production filmique et à organiser des manifestations pour promouvoir ces films. Après avoir examiné quatre paramètres propres à cerner le caractère national d’un film (langue, contexte narratif, “genres”, acteurs), l’article suggère qu’il reste de fortes poches de résistance à Hollywood et d’intérêt pour les films indigènes, grâce d’une part aux habitudes de consommation formées, depuis un siècle, dans les différents pays, d’autre part à la grande difficulté qu’éprouvent les acteurs à s’adapter à un public international.

Is there a national cinema ?, Pierre Sorlin

The article exposes a paradox: cinema has become an international industry managed by Hollywood; 60 to 80 % of the films shown in the world are american and yet many countries continue to finance a significant production of films and to organise events to promote these films. After reviewing four parameters which help distinguishing a film’s national character (language, story context, “genres”, actors), the article suggests that important pockets of resistance against Hollywood exist, as well as interest for indigenous films, thanks to consumption habits formed throughout the century in different countries on one hand, and to the great difficulty met by actors to adapt to an international audience on the other hand.